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Rudolf Stingel au Palazzo Grassi (jusquau 31 décembre 2013
juillet 2013

Rudolf Stingel est un artiste singulier qui s'intéresse à l’inconscient, au temps et à l'espace plus qu'aux formes plastiques.
Au Palazzo Grassi, il évoque le fantasme absolu de l'analysant : être comme sur le divan de Freud entouré de kilims, ces tapis turcs aux formes géométriques qui recouvraient le sol, le mur de son célèbre cabinet.



Divan de Freud

Le kilim existe depuis huit à dix mille ans, il est le plus ancien et le plus rudimentaire des tapis, - il est brodé, pas tramé - et présente les mêmes motifs que les premières poteries. Chaque tribu nomade a son vocabulaire particulier de signes, d'écritures symboliques qui définissent son identité.
Stingel projette sa vision sur les cinq mille mètres carrés du Palazzo Grassi (pour la première fois offert à un seul artiste.
L'effet cocon est redoublé par la quiétude qui règne. Le palais ne résonne plus de la même manière, ses sons sont étouffés, il est comme ouaté. L'ambiance est sereine, on s'y sent en sécurité. Les gens s'y assoient, s'y reposent en groupe, en couple, ou seuls. Ils lisent, observent, se pénètrent de l'ambiance avant de gravir les étages.


D'autres, qui viennent de visiter, ont du mal à partir et s'attardent juste pour le plaisir d'être là... Rarement des expositions font cet effet.
Dans le rez-de chaussée-atrium, la seule œuvre présentée est un grand portrait de l'artiste, une peinture d'après une vieille photo, elle est usée, vieillie, salie, avec les traces du verre qu'on a posé dessus. Une photo qui a vécu et subi l'érosion du temps.
Le tapis d'origine dont Stingel a photographié puis développé le motif n'est pas neuf, il a été usé par les pieds et les corps de ceux qui s'y sont succédés. L'homme debout ou allongé, est séparé de la Terre par des signes, une métaphore du parlêtre.


Les escaliers, recouverts eux aussi de Kilims, mènent silencieusement aux étages d'où s'ouvrent des perspectives de portes à l'intérieur de portes. Le soleil entrant par les immenses fenêtres donnant sur le Canale Grande, découpe de ses ombres obliques les tapis. Sous le plafond à caissons dorés de la grande salle de réception trône un grand portrait (toujours peint d'après photo), celui de son ami artiste Urs Fisher, décédé récemment. Cet hommage appelle au recueillement, on se sent presque dans un lieu sacré.
Quelques peintures aux tonalités argentées, certaines de très petit format, semblent émerger de ces murs chargés de couleurs et de formes. Elles représentent des petites sculptures médiévales prises en photo il y a longtemps, et reproduites en peinture. Certains tableaux semblent reprendre les motifs géométriques  ancestraux du tapis.
D'autres peintures, plus grandes, abstraites, taches de gris sur un fond argenté, matières délayées, traces, grattements, effacements partiels. Là encore, Stingel nous parle de l'usure, du vieillissement, de la mort... Qu'on retrouve chevauchant un lion décharné, un fémur à la main, conquérante, dominatrice.
 
Dans cette exposition-installation, Rudolf Stingel nous parle du temps qui passe dans une transversale qui nous promène des premières représentations symboliques des peuples encore nomades aux photographies d'icônes religieuses médiévales, et des peintures abstraites aux techniques informatiques de recomposition.
Le temps, l'espace, la répétition du signe (comme le symptôme), raconte son histoire, son besoin de sécurité, de cocon.
Tout résonne (raisonne) juste. Une œuvre - un rêve - cohérent.

 

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