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Van Gogh à l’œuvre
Van Gogh Museum (jusqu’au 12 janvier 2014)

La Fondation van Gogh d'Amsterdam approfondit le regard sur van Gogh.
Pour en finir avec l'image simpliste du peintre fou, coupeur d'oreille, illuminé, mais inspiré, la fondation donne un grand coup de boutoir
Voici un van Gogh à l'œuvre,
On pourrait se demander comment et pourquoi une image s'installe dans la tête de nos contemporains. En tous cas, La Fondation travaille depuis des années à faire évoluer l'image fausse qui perdure dans la tête de la plupart des gens. Et ils sont nombreux, Van Gogh étant probablement (avec Léonard) le peintre le plus connu au monde. L'artiste qui a servi d'écran aux fantasmes que les gens se font d'un artiste, à savoir, qui galère, est incompris, ne vend rien, vit dans la miséreux, mais dont le génie ne sera reconnu après sa mort. Une bien belle métaphore pour parler de la vie difficile mais récompensée dans l'au-delà. On est dans le Christianisme (c'est une figure du Christ), mais qui aussi nous parle de l'universalité de la condition humaine. Poursuivre un rêve, l'atteindre presque, souffrir de la non reconnaissance, mais travailler dur, car le travail, outre qu'il fait oublier momentanément les misères, apporte une satisfaction immédiate, une jouissance qui suffit à dynamiser une œuvre quelque soit l'environnement hostile.
Vincent est plutôt là, dans cette position du travailleur passionné, de celui qui, tableau après tableau, se remet en question, recherche une impossible perfection. Il visite sans cesse les musées pour comprendre les chefs d'œuvres. Il les analyse, essaie de comprendre leur construction, leur jeu de lumières, les sentiments qu'ils expriment.
Acharné à apprendre sans cesse, pour se dépasser et franchir toutes les étapes techniques pour qu'enfin sa main soit libre, vivante, créative.

Cette exposition claire et conviviale vous prend par la main pour vous montrer ce qu'est un artiste. Pas un exalté qui a un talent inné à qui il laisse libre cours, mais un tâcheron, un "ouvrier de la peinture", comme le dit Vincent. C'était son rêve, un foyer et un métier qui lui permettrait de quoi vivre simplement, comme un "ménage d'ouvrier". Son destin en a décidé autrement. On a affaire à un homme pressé par le temps - il commence à apprendre à dessiner à 27 ans - et par l'argent - son frère Theo lui donne de quoi vivre et travailler, mais il désire vivement le rembourser trésor vite.
En dix ans, il va apprendre à dessiner (à La Haye), à peindre (à Nuenen), à trouver la lumière et les couleurs (à Anvers, Paris), puis à partir d'Arles, à inventer un style totalement personnel qui va bousculer la peinture et ouvrir de nouvelles voies. Loin de n'être qu'un "anneau dans la chaîne des artistes (ce qu'il espérait de tout son cœur), il va non seulement révolutionner la peinture, mais aussi devenir l'archétype absolu de l'artiste.
De salle en salle , à chaque niveau, on franchit une nouvelle étape dans la compréhension tandis que ses œuvres prennent un nouveau sens.
Dans cette exposition, vous allez découvrir les progrès incessants de Vincent. Comment, ces dessins très pauvres (il n'a pas de talent inné) vont progressivement se perfectionner, acquérir de la justesse, de la vigueur, s'enrichir.

La perspective est maîtrisée grâce à un cadre perspectif qu'il a fait réaliser d'après un dessin de Dürer. Il apprend ensuite à placer ses ombres et ses lumières en recopiant inlassablement tous les dessins du "Traité de dessin" de Bargue. Puis s'entraîne sur le corps humain au travail, les paysans penchés sur la terre, bêchant ou ramassant des pommes de terre, le mouvement et enfin le portrait, pour Vincent le plus grand art.
Le grand peintre Mauve, un cousin par alliance, va ensuite le faire pénétrer dans l'univers  de l'aquarelle. Il lui mettra en main sa première palette, lui apprendra à poser les couleurs et à composer une toile. Un travail acharné de plusieurs années avant de peindre sa première peinture, qui, dit-il, "restera" : Les Mangeurs de pommes de terre". Une œuvre préparée par de très nombreux croquis de chaque personnage, du décor, des lumières,  par quelques peintures d'essais... avant de venir "comme dans un rêve" s'étaler sur la toile. Cette peinture à elle seule mériterait une exposition qui montrerait comment un chef d'œuvre se construit.

Dans cette exposition, les outils de Vincent, ses couleurs, ses pinceaux, les toiles sur lesquelles il a peint, les formats qu'il a utilisés, etc., sont montrés, explicités. On vous propose même d'expérimenter vous mêmes les complémentaires, le cadre perspectif, d'examiner à la loupe le type de touche, l'épaisseur, l'empâtement, la matière peinture, etc. Une salle pédagogique et sensible.

Le dessin, la peinture... Il manquait encore à Vincent quelque chose... C'est à Anvers qu'il découvre les estampes japonaises. La simplicité du trait, leurs perspectives inattendues, leurs aplats colorés l'enchantent. Il en collectionne des dizaines, en fait acheter à son frère Theo, passe des journées à les analyser.
L'Ecole d'Anvers va lui être bénéfique, il travail jour (école) et nuit (modèles) pour arriver à Paris, la "Mecque de l'Art".

L'image du Vincent dépressif vole en éclats à Paris. Il a plein d'amis artistes - il est enfin au milieu de ses pairs -, organise des expositions, sort beaucoup, parle peinture des nuits entières avec ses alter égos Toulouse-Lautrec, Émile Bernard, Signac, Pissarro père et fils, va écouter les chansonniers révolutionnaire du Mirliton, le cabaret d'Aristide Bruant, a une maîtresse patronne d'un cabaret "Le Tambourin" devenu sa galerie personnelle, etc.
Vincent est social, actif, heureux. Manquent à son bonheur la reconnaissance commerciale et la campagne dont in ne peut s'éloigner longtemps.

Son départ pour Arles était nécessaire à son art. Il a besoin de se retrouver seul et de se ressourcer dans la nature pour libérer ce qui germe en lui.
Si dans les premiers mois d'Arles, il crée une série superbe d'arbres en fleurs de la meilleure manière impressionniste, c'est aux Saintes qu'il n'aura plus besoin ni de son cadre perspectif (il sait parfaitement dessiner), ni du carcan d'aucune théorie de la peinture, fut-elle impressionniste.
Lors d'un petit séjour aux Saintes-Maries, il assume totalement sa subjectivité "les tableaux ne sont pas là pour recopier la réalité, mais pour l'interpréter”.

Il invente une couleur exagérée, outrée, détachée de la réalité. Au retour des Saintes, il peint un zouave où, dit-il "il s'est foutu de la vérité de la couleur". Il faut partir de sa palette. S'il a envie de peindre un ciel vert et un sol orangé, les autres couleurs viendront d'elles-même, "comme les mots dans une phrase". À partir de là, les tournesols, les tableaux de nuit, les berceuses et nombre de portraits, de paysages deviennent des van Gogh.

Si le sort ne s'était pas acharné suŕ lui (visite désastreuse de Gauguin et problèmes familiaux) Vincent aurait pu réaliser son rêve d'être cet "anneau dans la chaîne des artistes", gagnant suffisamment d'argent pour vivre, et continuer à explorer de nouvelles voies dans la peinture (Expressionnisme, Fauvisme, Cobra, Picasso, etc.)
Mais son destin en a décidé autrement. Il dit, quelque temps avant son suicide, que "le succès est peut-être ce qu'il y a de pire pour un artiste.

Non seulement Vincent a beaucoup travaillé, mais il nous fait travailler, il continue à nous donner à chercher, à penser. Au vu de toutes les publications, livres, articles, films documentaires, expositions dans le monde, on a du mal à imaginer le nombre de personnes qui travaillent sur l'œuvre ou la vie de Van Gogh.

Alain Amiel
© Alain Amiel, 2013

 

 

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